Qui parle ?
Cheikh Abderrazzaq Al Badr – fils du célèbre savant Cheikh ‘Abdel Al-muhsin Al-‘Abbad, il est professeur de théologie (‘aqîda) à l’Université de Médine (Arabie Saoudite), conférencier et auteur de nombreux livres dans le dogme et la spiritualité sunnite. Donc, il n’est pas le premier troufion venu. Dans le cadre islamique contemporain, c’est plutôt quelqu’un qui compte.
De quel verset parle-t-il ?
Coran – sourate 24 – verset 33 – Et que ceux qui n’ont pas de quoi se marier, cherchent à rester chastes jusqu’à ce que Dieu les enrichisse par Sa grâce. Ceux de vos esclaves qui cherchent un contrat d’affranchissement, concluez ce contrat avec eux si vous reconnaissez du bien en eux; et donnez-leur des biens de Dieu qu’Il vous a accordés. Et dans votre recherche des profits passagers de la vie présente, ne contraignez pas vos femmes esclaves à la prostitution, si elles veulent rester chastes. Si on les y contraint, Dieu leur accorde après qu’elles aient été contraintes, Son pardon et Sa miséricorde.
Où est la consolation ?
Si, toi, femme (esclave) tu te fais violer (contre une somme d’argent versée à ton maître) alors que tu ne voulais pas ça (!), Dieu – Allah – ne t’en voudra pas.
Voilà. C’est tout.
Celui qui t’a violé ? Bah rien.
Celui qui te possède comme esclave ? Bah rien.
Celui qui t’a loué comme une simple poupée gonflable ? Bah rien.
Donc, si tu es victime de traite d’être humain, Allah ne t’en voudra pas d’avoir forniqué – contre ton gré – avec un homme qui n’est pas ton mari.
Allah est certes pardonneur et miséricordieux.
Allah est surtout un sacré connard.
En général, quand on pardonne c’est qu’il y a eu faute ou offense. Et là, dans cette histoire, il pardonne à la femme. Donc Allah pense qu’une femme victime d’exploitation sexuelle a commis une faute. Et comme il est gentil tout plein, il pardonne et permet à la femme de conserver ses titres de chasteté, de dignité, d’honneur, de noblesse et de pureté.
Par contre… Sa santé mentale, son trouble post-traumatique, ses flash-back, son dégoût profond, sa peur, ses cauchemars, sa dépression, sa colère ? Bah, on s’en fout de ça. Qu’elle retourne à sa vie (d’esclave) et qu’elle arrête de chialer: Allah lui a pardonné.
Sinon, 1400 ans plus tard, dans le droit français:
- l’esclavage est interdit. Sous toutes ses formes. Et sévèrement puni.
- l’exploitation sexuelle d’autrui est interdite. Sous toutes ses formes. Et sévèrement puni.
- l’agression sexuelle est interdite. Sous toutes ses formes. Et – de plus en plus – sévèrement puni.
- la femme qui subit un viol n’a RIEN fait le mal et n’a RIEN à se faire pardonner. Elle est seulement la victime innocente d’une agression horrible. Celui qui a quelque chose à se faire pardonner, c’est celui qui l’a agressé.
J’ai déjà dit que le type qui parle est un homme d’aujourd’hui ? Cet homme, qui explique avec tout le sérieux du monde que la consolation de la femme violée tient dans le pardon qu’Allah lui accorde, est considéré comme un vieil homme respectable reconnu par ses pairs pour sa grande sagesse. Aujourd’hui. En 2025.
Pire, c’est un expert qui enseigne la science et le droit islamiques – de paix, d’amour et de féminisme précoce – aux jeunes générations d’érudits de l’islam.
Là-dessus, je le sais, certains ont envie de me répondre : « c’est un peu pareil dans les textes des autres religions ! »
Certes.
Mais…
C’est quand la dernière fois que vous avez entendu un prêtre – reconnu pour sa grande sagesse par ses pairs – expliquer qu’une femme violée peut se consoler parce que Dieu ne lui en tiendra pas rigueur ?
Sérieusement, je pense que si un prêtre tentait le coup aujourd’hui – en occident au moins – il se ferait lyncher par ses fidèles.
