2006 > Presque dix ans avant les attentats de Charlie Hebdo.
2025 > Aujourd’hui. Soit, dix ans après ces mêmes attentats.
Est-ce qu’une telle émission serait encore possible aujourd’hui sur une chaîne comme France5 ?
J’en doute.
La censure islamique de la parole et de la pensée a très clairement progressé en 20 ans.
Je remarque plusieurs choses à l’écoute de cette vieille émission:
- Elle est criante d’actualité.
- Les intervenants défendent presque tous la liberté d’expression. La vraie. Celle qui donne aussi la liberté à l’autre d’exprimer des idées qui nous révulsent.
- Certains intervenants – Philippe Val, directeur de Charlie Hebdo en tête – se permettent de contredire l’imam très frontalement.
- Dans le débat, une certaine Dounia Bouzar : une musulmane… sunnite ? couscous ? coraniste ? réformiste ? totalement ignorante de ses textes ? Quoi qu’il en soit, elle se permet d’exprimer très clairement son désaccord avec l’imam et de lui opposer sa tendance à essentialiser LES musulmans. Elle montre aussi un attachement profond aux apports de la démocratie, de la laïcité et du pluralisme de la pensée musulmane. A l’époque, elle alertait déjà sur la radicalisation des jeunes musulmans.
- Le discours de l’imam (modéré, dit-il en riant)… waouh ! Quand on connaît Majid Oukacha, JackLeFou et les autres… on est pas dépaysé ^^.
Florilège:
- La critique de l’islam apporte de l’eau au moulin des extrémistes. (Notez qu’il ne précise pas lesquels. Parle-t-il des extrémistes racistes ou des extrémistes religieux ?)
- Seuls les savants de l’islam sont légitimes pour critiquer l’islam. Il faut être au niveau pour critiquer l’islam ! C’est pas n’importe qui qui peut. Vous vous êtes ignorants.
- Il faut véhiculer des bonnes idées, pas des mauvaises idées. Les médias n’ont pas le droit de véhiculer des nouvelles qui choquent les gens ou qui provoquent la confrontation entre les peuples.
- Aujourd’hui, il y a un lynchage médiatique contre l’islam ET les musulmans.
- La liberté à des limites. Aujourd’hui, la loi française interdit qu’on vienne offenser le chef de l’état. Mohamed c’est (notez l’usage du présent) un chef d’état.
- La liberté d’expression est protégée et défendue par l’islam. Nous sommes les premiers pionniers de cette protection (si si, il ose !).
- Ceux qui critiquent l’islam visent la communauté musulmane. C’est une machine de lynchage.
- Est-ce qu’on va incriminer les chrétiens parce que Hitler a fait des massacres ? (Énorme pirouette visant un changement de sujet à un moment critique où Philippe Val le coince avec une question précise… un chiffon rouge qui a – au final – plutôt bien fonctionné.)
- Il y a 14 siècles, l’islam a donné des droits à la femme. (Note de bas de page: droits qui n’ont, depuis, plus jamais évolué.)
- Les musulmans sont stigmatisés parce que les médias parlent des problèmes et des violences faites par certains musulmans. Donc, ils devraient plutôt éviter d’en parler. (Ça vous rappelle pas quelque chose de très très actuel ?)
- La parole blesse comme une lame. Pareil. On peut en mourir pareil. Si.
- Il va falloir que je quitte le débat parce que c’est l’heure de la prière.
Mais le plus marquant, pour moi, ce sont les interventions de François Bayrou.
12’18
Tout citoyen a le droit d’émettre le jugement qu’il pense fondé, y compris en matière religieuse. MAIS toute liberté emporte sa responsabilité.
Chacun d’entre nous peut réfléchir à ce qui est offense et à la sensibilité de femmes, d’hommes, de gens pour qui [la religion est] le plus sensible de leur vie. Et, il est normal de chercher à ne pas blesser et offenser. Surtout dans un moment comme celui-ci parce que, selon moi, quelque chose est reparti à la surface de la planète de l’ordre des guerres de religions.
36’57
Je voudrais reprendre une phrase de Monsieur Lenoir [un des intervenant] :
« Que voulons nous tous ? C’est combattre une certaine conception de l’islam. »
Non.
Ce que nous voulons tous, c’est bâtir une société de liberté, à l’intérieur de laquelle les différentes conceptions, fois (et athéisme), cultures, philosophies, ont leur place et ne mettent pas, n’organisent pas, n’entraînent pas la guerre civile. Et donc, à l’intérieur de laquelle l’expression religieuse, ou sur la religion, est libre et ne met pas le feu à la société au détriment, d’ailleurs, des croyants.
C’est l’organisation [actuelle] du monde, de la démocratie et de la société dans laquelle nous vivons.
Moi, je crois que le siècle qui vient va être, de ce point de vue, très dur.
Donc, il y a 20 ans, François Bayrou nous explique que :
- la démocratie et la laïcité servent (aussi ? uniquement ?) à éviter le déclenchement d’une guerre civile.
- il vaut mieux éviter de dire ce qui dérange autrui – même si on a le droit inaliénable de le faire – pour ne pas provoquer d’affrontements entre des gens qui pensent différemment. (J’attire votre attention sur le fait que c’est un homme politique qui prononce ces mots. En 2025, il est notre premier ministre.)
Que dire ?
20 ans plus tard, à l’épreuve des faits, éviter de dire ce qui dérange, ça ne marche pas !
Se taire ne fait que nourrir l’intolérance au peu de paroles qui sont encore prononcées, empêchant du coup tout débat d’idées et toute démarche d’ouverture réelle sur les croyances d’autrui. Avec, pour effet final un abandon total des croyants au fondamentalisme de leurs prédicateurs et un enferment de chacun dans sa petite sphère communautaire.
A quel moment c’est une bonne chose, pour qui que ce soit, d’être abandonné aux griffes d’un prédicateur religieux ?
A quel moment c’est un acte de gentillesse, de bonté et de bienveillance d’abandonner autrui aux impératifs mystiques assénés par les prédicateurs religieux ?
A quel moment ça nous permet de vivre ensemble, sans nous taper dessus, d’abandonner un croyant aux injonctions – parfois violentes – des prédicateurs religieux ?
A quel moment un prédicateur religieux peut réfléchir et remettre en question le contenu de ses prêches, si personne ne lui dit jamais qu’il désapprouve ce qu’il dit ?
Heureusement, aujourd’hui, les réseaux sociaux sont là et permettent aux citoyens ordinaires d’exprimer leur désaccord envers cette injonction au silence. Évidement, pour l’instant, la portée de leur parole n’est pas celle d’un média comme france5. Mais leur nombre augmente, chaque jour, dans tous les pays du monde, et surtout dans le monde musulman.
La liberté d’expression est un bienfait. Même – et surtout – pour celui qui entend une parole qui le dérange profondément. Sans cette rencontre avec la parole de celui qui pense autrement, il n’y a plus de réflexion, plus de remise en question. Sans la liberté d’expression, seule la radicalisation des idées se développe.
Personnellement, je retiendrai aussi de cette émission les mots – que je ne connaissais pas – du Pape Benoît XVI, dans un discours prononcé en septembre 2006, à l’université de Ratisbonne en Allemagne :
« Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l’épée la foi qu’il prêchait »
Ces paroles ont déclenché de vives polémiques et – surtout – des attaques d’églises et des massacres de chrétiens dans l’ensemble du monde musulman.
